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« Orangs-outans en danger » pour l’ONG BOSF, Borneo 2014

Si vous êtes une collectivité, un rédacteur, et que vous êtes intéressé par un article ou des photos je vous invite à me contacter via la rubrique « contact »

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Reportage photographique réalisé au Kalimantan sur l’île de Borneo.  Témoignage de la situation alarmante dans laquelle se trouvent les Orangs-outans, ces cousins proches, avec qui nous partageons 99% d’ADN.

J’ai été accueillie à la  « Borneo Orangutan Survival Fondation » qui est un centre de réhabilitation où sont soignés et élevés des singes, la plupart du temps orphelins. Les formalités pour pénétrer un tel lieu sont très strictes. Antony qui m’assistait et moi même, avons du nous plier à des examens médicaux et remplir énormément de documents. La santé des grands singes est extrêmement fragile, ils ne sont pas armés pour faire face aux microbes transmis par l’homme. Nous avons était face à la passion et au courage que mettent en œuvre ces personnes pour sauver les grands singes. Voici le reportage en mots et en images (lien en bas de pas pour le photoreportage).

 

 

Pour commencer, une citation éloquente de Biruté Galdikas (qui a créé le « camp Leakey » de Tanjung Puting en 1971, je vous invite à lire ses ouvrages qui sont fantastiques) :

« Regarder les grands singes mourir à petit feu, c’est assister à notre futur proche, sur une planète qui devient inhospitalière et s’asphyxie progressivement. Sauver nos cousins les grands singes et leur habitat, ce sera le premier pas matériel et philosophique vers notre propre sauvegarde »

L’ orang-outan de Bornéo est  classé parmi les espèces en danger. Son déclin démographique dépasse les 50% sur les 60 dernières années.

Une des causes principales est la déforestation. La culture de palmiers à huile et l’exploitation du bois  (souvent illégale), ravagent ce territoire comme bien d’autres au monde. L’ île de Borneo est également victime de terribles feux de forêt. On estime qu’en 10 ans, ¼ aurait brulé ! Mais d’où viennent ces feux ? Et bien là encore les cultures intensives qui utilisent la technique du brulis sont en grande partie responsables. Les feux sont souvent mal maîtrisés et le sol Indonésien est tourbeux (il brûle en profondeur malgré la pluie). S’ajoute à cela les incendies volontaires ayant pour but de récupérer des terres pour l’industrie. S’invite le fameux phénomène « El nino » qui amène régulièrement un climat beaucoup plus sec et c’est la catastrophe. Il est d’ailleurs craint pour la dernière partie de cette année 2014… Trois fois plus de forêt que d’ordinaire pourrait disparaître (et nous avons pu constater que c’est flagrant: 1H de pluie en un mois et des feux partout…).

Un autre facteur de la disparition de ces grands singes est le braconnage. Certaines personnes trouvent malin de tuer une mère pour capturer son bébé et ainsi le vendre. Ce bébé, tout mignon et tout petit, n’aura pas longtemps d’intérêt et sera enfermé dans la plupart des cas, dans une cage insalubre, où il ne peut se mouvoir et où il pleurera sa maman (je vous rappelle que d’ordinaire un petit reste au moins 7 ans accroché à elle). Par la suite il grandira… la cage deviendra de plus en plus étroite… Il souffrira de malnutrition (un singe ne mange pas des chips et des biscuits…) Quelle est l’utilité d’avoir un singe chez soi ? Aucune ! Si ce n’est sans doute de montrer qu’on a eu l’argent pour se le payer !

Parfois ces animaux sont exploités pour faire des « animations », des numéros de cirque pour des touristes qui ne se posent pas beaucoup de questions… Il est même possible de voir des singes fumer (pour le plus grand amusement de certains) et d’autre travestis en humains et prostitués ! Où va le monde…?

Heureusement que certaines personnes sur cette Terre se préoccupent de leur sort et mènent un combat sans relâche pour les sauver.

Depuis 1990, la BOSF a œuvré à la préservation des orangs-outans en les élevant en captivité dans le but de les rendre à la vie sauvage. Elle accueille actuellement en 2014, plus de 850 primates dans ses centres (650 à Nyaru Menteng dans le Kalimantan Central, et 200 à Samboja Lestari kalimantan oriental). Comme l’a souligné Aschta Boestani Tajudin, la directrice du programme régional pour la province du Kalimantan Oriental du BOSF, « Si le centre recueille plus d’orangs-outans qu’il peut en relâcher dans la nature, cela signifie que nous avons échoué » Malheureusement avant d’être relâchés, ces orangs-outans récupérés soit dans la forêt (perdus ou blessés) soit chez des particuliers, doivent être soignés et surtout réapprendre à vivre comme ils le devraient à l’état sauvage. Cela prend plusieurs années et coûte très cher : 2700 € par an pour chaque orang-outan (sans inclure les soins spéciaux s’ils tombent malades). Chaque singe mange 5kg de fruits par jour, ils sont 200 là où nous étions… cela fait 1000kj/jour ! Ces singes sont très fragiles et attrapent facilement des maladies lorsqu’ils sont au contact de l’homme (en particulier la tuberculose et l’hépatite, d’où les examens médicaux que nous avons du faire pour être admis dans le centre pour mon reportage).

La transmission de microbes est également un problème que l’on retrouve dans les parc nationaux ouverts au tourisme. Certes, un problème moindre mais néanmoins important. L’ existence de ces parcs « touristisés » n’est pas inutile car cela apporte un revenu et un intérêt touristique à la région, ce qui permet de mettre en valeur et protéger les espèces (là où il y a profit…), mais cela donne également lieu à des dérives. Certains touristes accompagnés par des guides peu scrupuleux s’approchent bien trop près des animaux, les nourrissent et vont même jusqu’à les toucher. Ils ne se rendent pas compte que pour réaliser un selfie, ils mettent en péril les grands singes. Jamais on ne devrait approcher un animal sauvage ou semi-sauvage (c’est le cas de ceux que l’on trouve en général dans ces parcs) à moins de 5 mètres, et ce, même si celui-ci s’approche (ce qui arrive souvent puisqu’ils espèrent de la nourriture… no coment!). Malheureusement je vois des dizaines de ces photos de personnes posant avec un singe juste à côté d’eux.. Elles tournent sur les réseaux sociaux, incitant par la même d’autres personnes à souhaiter faire l’expérience. C’est extrêmement grave, il a d’ailleurs  été recensé dans ces parcs, plusieurs décès dus à des contaminations inexpliquées et suspectées humaines. Attention donc…

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Le travail de la BOSF:

Les différentes étapes avant ré-introduction dans la nature sont :

-La mise en quarantaine de façon à ce que les animaux ne se contaminent pas entre eux.

-La socialisation (qui prend plusieurs années) que nous avons vu lors de nos visites à « l’école » et à la « nurserie »

Le matin nous avons passé deux heures à « l’ école » des petits soit les singes qui ont entre 4 et 9 ans. Si les enfants sont turbulents et parfois durs à gérer, alors là c’est vraiment inimaginable ! Les professeurs viennent récupérer les enfants dans la cage où ils passent la nuit et les mènent pour la journée dans la forêt. Ces singes là sont orphelins et ils ont besoin de l’homme pour leur montrer comment se comporter dans la jungle. Ces longues journées sont donc indispensables pour leur développement puisque normalement c’est la mère qui a ce rôle (et même à elle cela prend de nombreuses années.) Lorsque nous sommes arrivés on nous a donné un masque pour ne pas risquer de donner de microbes, dit de ne pas les toucher et de faire attention à nos affaires. « Ils sont très turbulents », nous a t on prévenu ! Ah oui  en effet ! Nous avons passé ces deux heures à éviter d’être attrapés par ces enfants singes qui pour certains risquaient de nous mordre les mollets ou de piquer mon appareil photos ! J’ai pu tout de même faire des photos, mais c’était très sportif ! A peine arrivés nous avons vite été encerclés, et j’avoue qu’ils nous faisaient peur aussi mignons soient-ils!  Ils arrivaient de tous les côtés et essayaient de nous foncer dessus (intrigués par les « nouveaux ») nous devions sans cesse bouger, nous cacher derrière les professeurs ou des arbres. Il y avait tout de même des singes plus calmes qui venaient simplement nous attraper les mains, mais nous ne pouvions malheureusement pas les toucher et devions vite nous dégager… On aurait vraiment dit de petits enfants qui vous tirent le bras pour aller jouer. Leurs mains sont très douces et on sent une force surprenante déjà à leur âge et malgré leur taille. Ces deux heures ont été épuisantes ! Ca court, ça saute d’arbre en arbre, ça se balance en tendant la main histoire d’attraper n’importe quoi au passage, parfois ils font les « faux » et feintent pour arriver à leur fins! Incroyable! Il fait une chaleur étouffante renforcée par le port des masques qui fait que nous respirons de la vapeur. Le fait qu’il faut être sur le qui vive sans arrêt, bouger sans arrêt, tout ça en faisant des photos, pffffiou, la pose repas a été la bienvenue ! Antony s’est endormi sur la table! Je ne sais pas comment survivent toute la journée les quatre profs face à la quinzaine de chenapans !

L’après midi nous avons découvert la « nurserie » pour les moins de 4 ans. Ces bébés sont trop craquants ! On aimerait tous les serrer dans nos bras, malheureusement là non plus il ne faut pas les approcher. Il y avait 7 ou 8 bébés et deux nurses. Ils apprennent à se déplacer, à grimper aux arbres, parfois on entend un grand «bouum » ! Ah ! Un singe est tombé ! Ils ressemblent tellement à des bébés humains c’est fascinant. Certains pleurent, se disputent, sont timides …

L’entraînement. Les orangs-outans au contact de l’homme ont adopté des comportements humains ce qui est mauvais pour eux. En effet ces grands singes apprennent très vite par imitation. Ils sont donc « entrainés » afin de retrouver leur instinct sauvage. Ceci est fait sur un archipel de petites îles. Cette étape prend également plusieurs années.

Nous avons vu également ces sept îles et avons fait la tournée du matin pour la distribution de nourriture. Les îles sont des morceaux de terres entourés d’un canal et c’est en barque que les soigneurs vont lancer des fruits à leurs pensionnaires. Ils peuvent ainsi être nourris tout en gardant une « vie indépendante » de l’homme et en vivant comme dans la forêt.

« Relâcher ceux qui sont incapables de construire un nid reviendrait à les envoyer à la mort » explique Aschta Boestani Tajudin.

Le centre de Samboja Lestari a hébergé plus de 600 orangs-outans depuis sa création en 1998. « Les gens continuent à nous amener des orangs-outans, mais malheureusement nous devons parfois les refuser parce que nous manquons de place », déplore Denny Kurniawan.

Sur les quelque 850 orangs-outans actuellement hébergés par la BOSF, environ 600 ont vocation à être relâchés ; les autres ne sont pas en assez bonne santé pour survivre dans la nature.

Pour pouvoir relâcher les singes encore faut-il trouver le milieu approprié (qui comme nous l’avons vu, part en fumée)

Pour ce faire, la BOSF a créé la société Restorasi Habitat Orangutan Indonesia (restauration de l’habitat de l’orang-outan indonésien) qui s’est vue concéder 86 000 hectares de terres dans le Kalimantan Oriental en échange de 13 millions de Roupies (1150 €).
« Nous sommes financés par des donateurs » explique Bungaran Saragih, fondateur de la BOSF. « C’est un peu ironique, mais la plupart d’entre eux sont des étrangers, et pas des gens de notre propre pays. »

Nous avons pu voir cette étendue de terre que la BOS a entièrement reboisée en plantant les arbres un à un ! Incroyable !

Il faut ensuite encore louer des hélicoptères (5000€/H de vol) pour pouvoir transporter chaque Orang-outan vers son nouvel habitat (à au moins 4H de vol du centre).

Toutes ces années de dur (et cher) travail pour réussir à soigner et réhabiliter ces grands singes à vivre dans la nature, sans être sûrs qu’au final ils vont y survivre… Car en effet, certains singes une fois relâchés ne réussissent à se réadapter totalement, ils sont perdus, il ne réussissent pas à se nourrir, et finissent pas mourir…. Heureusement, c’est souvent un succès total.

Nous avons vu des singes dans des cages faute de place pour les placer sur les îles ou d’argent pour les relâcher. Certains sont de très gros singes qui ressemblent à des créatures de films! Lorsque nous avons approché des cages ils nous ont entendus et on commencé à hurler et à secouer les structures métalliques ! C’est terrifiants ! Il ont une force herculéenne et quand on les voit se déplacer et s’énerver on dirait des monstres ! Ensuite, ils se sont calmés et nous nous sommes approchés des cages. Une fois en face d’eux, les yeux dans les yeux, fini la peur, leur regard est profond et on y décèle de la douceur. C’est impressionnant. Rester plusieurs secondes ainsi face à face à quelques centimètres de ces colosses est une expérience unique. On croit voir dans leur yeux tant de gentillesse et de tristesse qu’on a simplement envie de les serrer dans nos bras en oubliant qu’ils pourraient nous broyer en une seconde… Ceux qui sont deux ou trois par cages sont en socialisation. Il y a également des cages un peu à part, là sont les singes malades.

Cette journée aura été riche, intense et émouvante. Nous en sommes sortis complètement lessivés .

Espérons que cette lutte ne sera pas vaine et que peu à peu d’autres personnes décideront d’agir et de mettre fin au massacre qui fera que dans quelques temps ces être existerons plus…

Chacun d’entre nous peut faire quelque chose à son échelle, comme par exemple éviter d’acheter des produits contenant de l’huile de palme.

On ne s’en rend pas compte mais en achetant de tels articles notre geste continu d’emplir d’argent les poches des industriels sans scrupules et ainsi de tuer la forêt et les animaux. Nous sommes ainsi tous complices!  Certes c’est difficile d’éviter cette huile car il y en a presque partout, mais ce n’est pas impossible, il faut lire les étiquettes et trouver des équivalents.

Il faut également être sensibilisés en tant que touriste, et se comporter convenablement lors de visite de parcs.

Pour ceux qui veulent s’impliquer davantage il est possible de faire des dons via le site le la « BOSF» (http://orangutan.or.id/) et même d’adopter des bébés!

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